LA RÉFORME DE LA JUSTICE  AU  MALI


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RENTREE JUDICIAIRE

Le Programme Décennal de développement de la Justice (PRODEJ)

 Un état des lieux dressé sans complaisance…

Le Programme décennal de développement de la justice (PRODEJ) a été élaboré en fonction des attentes constatées à travers un processus participatif ayant impliqué la famille judiciaire, les pouvoirs publics, les partenaires techniques et financiers ainsi que toutes les couches de la société civile (organisations socio-professionnelles, opérateurs économiques, associations de jeunes, de femmes, de personnes handicapées, de promotion de défense des droits de la personne, autorités traditionnelles et religieuses, médias d'Etat et privés, diverses ONG etc.).

A travers de grands débats, les participants ont d'abord dressé un constat sans complaisance de l'état des lieux puis ils ont défini l'idéal de justice pour le peuple malien avant d'arrêter les voies et moyens d'atteindre cet idéal.

Cette réforme s'inscrit dans le cadre des réformes institutionnelles en cours au Mali.

Le Mali n’a pas encore une justice à la hauteur de ses ambitions

A l'instar de beaucoup de pays en voie de développement, le Mali n'a pas encore une justice à la hauteur de ses ambitions malgré les efforts consentis depuis quelques années et l'intervention ponctuelle des partenaires au développement. Le tableau qu'offre aujourd'hui la justice n'est pas reluisant. A la vétusté des locaux s'ajoute l'obsolescence de l'outil de travail. L'insuffisance numérique de personnel qualifié s'accompagne d'un déficit notoire de documentation. Les causes des dysfonctionnements identifiés, sont liées aux infrastructures, au budget, aux équipements, à la logistique, aux ressources humaines, à la formation, à la documentation, à la législation, à la déontologie, à l'information et à la communication.

Au niveau du juridique, les principales difficultés identifiées sont : l'insuffisance de la documentation, la faiblesse de la formation,la désuétude de la législation, l'ignorance ou la mauvaise compréhension du droit, le déphasage fréquent entre droit moderne et droit coutumier.

Au niveau du judiciaire, l'insuffisance et la mauvaise répartition des juridictions, le coût élevé de la justice, la méfiance des justiciables et des investisseurs tant nationaux qu'étrangers, l'insuffisance des ressources humaines et financières, l'insuffisance et la vétusté des maisons d'arrêt, la vétusté des infrastructures et des équipements.

Au niveau du personnel, les déficits en personnel sont perceptibles partout.

Au niveau de la perception de la justice par les justiciables, l'incompréhension et la suspicion se sont installées partout y compris dans les milieux des investisseurs.

Vers une justice réhabilitée, efficace et crédible…

Une saine justice est un garant de la paix sociale et de la sécurité des investissements et du développement. Aussi, au regard de l'état des lieux ci-dessus, l'idéal pour le commun des Maliens serait de promouvoir une justice saine, efficace et crédible. C'est précisément ce que vise le PRODEJ (Programme Décennal de Développement de la Justice) dont la finalité est l'émergence d'une justice réhabilitée, efficace et crédible, au service de la paix sociale et du développement au Mali.

Le PRODEJ est aussi une réforme globale du système juridique et judiciaire qui touche à la fois les textes de lois, l'organisation judiciaire et l'administration de la justice. Le PRODEJ, c'est, enfin, un nouveau visage de la justice appelée impérativement à impulser une nouvelle dynamique au processus démocratique autant qu'au développement économique, social et culturel au Mali.

Le Plan d’Action du PRODEJ porte sur 11 volets prioritaires : Ressources humaines, Formation du Personnel, Documentation, Législation, Droits de la Personne, Lutte contre la Corruption, Information-Éducation-Communication, Infrastructures, Logistique, Équipement, Budget.

Domaines d’actions prioritaires…

Pour atteindre les résultats escomptés, le PRODEJ envisage la responsabilisation des acteurs de la justice et la pleine participation des citoyens à travers les organisations de la société civile à la fois à la planification, à la mise en œuvre et au suivi-évaluation du projet, et ce, en agissant principalement sur cinq volets du plan d'action : le Ministère de la justice, l'organisation judiciaire, le juridique, les acteurs de la justice et la population malienne.

Dans le processus de réforme envisagé, il est prévu de faire jouer un rôle prépondérant au département de la justice dans la réalisation des 11 volets prioritaires du plan d'action. Il est donc impératif de lui apporter un appui institutionnel pour lui permettre de jouer ce rôle transversal qui lui est dévolu et de le doter de tous les moyens nécessaires à la mise en œuvre correcte de la réforme. Pour ce faire, il est prévu ce qui suit  :

Pour le Ministère de la Justice :

  • renforcer les capacités du ministère afin qu'il puisse mettre en œuvre la réforme,

  • offrir au département central, aux directions et aux services rattachés des ressources humaines performantes, des moyens logistiques adéquats et des équipements adaptés,

  • renforcer les capacités de communication du département et de ses démembrements,

  • créer un centre national de documentation juridique et judiciaire opérationnel,

  • mettre en place et rendre opérationnel le casier judiciaire central,

  • réorganiser l'Institut National de Formation Judiciaire (INFJ) et adapter la formation qu'il dispense aux réalités socio-économiques du pays,

  • créer et doter les maisons d'arrêt de ressources humaines performantes et d'infrastructures adéquates,

  • créer un laboratoire de police scientifique et le doter de ressources humaines,

  • renforcer et améliorer le fonctionnement du système pénitentiaire,

  • Mettre en place des services techniques et des structures de contrôle qui contribueront efficacement à lutter contre la corruption

Pour l'organisation judiciaire :

  • doter les cours et tribunaux de ressources humaines performantes, de moyens logistiques adéquats, des équipements et des infrastructures adaptés,

  • implanter un réseau de bibliothèques ou centres de documentation partout où le besoin se fait sentir,

  • offrir aux justiciables et aux couches démunies de la population un meilleur accès à la justice, notamment par les mécanismes d'assistance juridique, d'accueil et d'orientation,

  • réviser le statut de la magistrature pour offrir plus de garantie d'indépendance et de responsabilité aux magistrats,

  • adopter et appliquer un code d'éthique et de déontologie pour toute la famille judiciaire,

  • réorganiser l'Institut de National Formation Judiciaire (INFJ) de manière à adapter la formation qu'il offre aux nouvelles réalités socio-économiques du pays.

Pour le juridique :

  • mettre en place un comité scientifique capable de jouer efficacement son rôle, présenter et faire adopter des projets de lois en accord avec le contexte politique, économique, social, culturel et environnemental,

  • renforcer la notion de présomption d'innocence, veiller au respect des délais de garde à vue,

  • faire en sorte que les procès se déroulent de façon équitable dans les délais raisonnables devant des juridictions indépendantes et impartiales,

  • rendre le casier judiciaire opérationnel et améliorer le fonctionnement du système pénitentiaire,

  • mettre en place des mécanismes de contrôle qui contribueront efficacement à la lutte contre la corruption, édicter des codes de déontologie, développer les capacités de la société civile dans la prévention et la détection de la corruption,

  • renforcer la capacité de communication du Ministère de la justice,

  • informer et orienter les citoyens,

  • vulgariser les textes,

  • aider la presse dans le traitement des questions juridiques et judiciaires et contribuer en permanence à une meilleure connaissance de la réforme.

Pour les acteurs de la justice :

  • réviser et mettre en œuvre les statuts des professions juridiques,

  • élaborer des codes de déontologie qui seront mis en pratique par chacun des corps professionnels

Pour la population :

  • informer la population malienne sur ses droits et obligations, de manière permanente,

  • renforcer les capacités d'intervention des organisations agissant en faveur des droits de l’Homme et mettre en place un cadre de concertation entre ONG et associations d'une part et gouvernement d'autre part,

  • faire participer activement les médias (presse, radios, télévision etc.) au processus d'information, de sensibilisation et d'éducation de la population sur la réforme, la vie juridique et judiciaire du pays.

Des ressources pour la réforme...

Le plan d'investissement du PRODEJ couvre une période de dix ans. La mise en œuvre du programme décennal requiert des investissements de l'ordre de 92 milliards de F CFA en francs constants. Les investissements sont répartis comme suit :  Ressources humaines (9%) , Formation (2%),  Documentation (3%), Législation (0,1%), Droits de la personne (6%), Lutte contre la corruption (3%), Information-Education-Communication (2%),  Infrastructures (26%), Logistique (8%),  Equipement (16%), Budget (18%), Coordination et gestion du programme (2%).

Des résultats concrets en bout de ligne…

Il est fondamentalement attendu du PRODEJ les résultats suivants : Un Ministère de la justice efficace, efficient et performant ; Des cours, des tribunaux et des maisons d'arrêt répondant aux normes internationales; Une magistrature indépendante et responsable ; Un cadre juridique national modernisé et de nouvelles lois pour combler les vides juridiques; Une corruption efficacement combattue; Des acteurs de la justice responsables, mieux protégés, efficaces et diligents ; Une population mieux informée sur ses droits et devoirs.

Un démarrage difficile, mais déjà quelques réalisations …

Au plan structurel, la coordination du PRODEJ (Cellule de Coordination et Comité d’Orientation) a vu formellement le jour ce dernier trimestre de l’année 2002 bien que prévue dans la Stratégie de mise en œuvre adoptée par le Conseil des Ministres du 22 Décembre 1999. Depuis le lancement du PRODEJ, le programme etait animé par une équipe limitée de conseillers techniques du Département de la Justice.


Au plan des réalisations :

Ressources humaines : Recrutement de 55 magistrats, 50 greffiers, 50 secrétaires de Greffe et Parquets et 60 surveillants de prison.

Formation du Personnel : Plusieurs séminaires de formation au profit des acteurs de la Justice.

Documentation :

  • Impression d’un millier d’exemplaires du Recueil des codes et textes usuels en République du Mali au bénéfice de toutes les Cours, tous les Tribunaux, tous les Magistrats, tous les OPJ  (Officiers de Police Judiciaire) et tous les Ministères;

  • Equipement des 3 Cours d’Appel du pays et de la Cour Suprême en manuels de Droit.

Législation : Relecture et élaboration d’une série de textes.

Volet Droits Humains :

  • Mise sur pied d’un cadre de concertation Pouvoirs publics-Société Civile-PTF sur la question des droits humains;

  • Étude sur l’état des lieux des droits humains au Mali.

Information-Education-Communication :
Activités d’information et d’explication dans les régions de Kayes, Mopti et Sikasso sur le nouveau Code Pénal et le nouveau Code de Procédure Pénale.

Infrastructures :

  • Construction d’une nouvelle Justice de Paix à Douentza;

  • Construction d’une nouvelle maison d’arrêt à Yanfolila;

  • Construction d’un Tribunal pour Enfants à Bollé (Bamako);

  • Réfection de quelques maisons d’arrêt des villes de l’intérieur;

  • Restauration de quelques bâtiments : Tribunal de la Commune III du District de Bamako, Tribunal de 1ère Instance de Ségou, Tribunal Administratif de Mopti;

  • Construction (en cours) des locaux de l’INFJ;

  • Création (en cours) de quelques dizaines de centres d’accès au droit (Régions de Mopti et Kayes);

  • Construction de 3 nouvelles juridictions et de 3 nouveaux logements au Nord du pays, dans les localités d’Ansogo, de Goundam et de Kidal;

  • Construction d’un Palais de Justice et d’un logement pour le juge à Bandiagara;

  • Construction à titre expérimental de 3 bureaux d’accueil et d’orientation dans le District de Bamako (Communes II, IV et VI).

Volet Logistique :

  • Dotation en 3 véhicules pour la mise en place d’audiences foraines;

  • Dotation en 1 véhicule usagé (8 ans d’âge) pour l’Inspection des Services Judiciaires

Volet Equipement :

  • Equipement de Cours d’Appels, de Tribunaux de 1ère Instance, de Justices de Paix à Compétence Étendue, de l’INFJ et de Directions Nationales en équipements divers (mobiliers de bureaux, fauteuils, matériel de bureautique et informatique).

Volet Budget :

  • Institution d’une indemnité de judicature dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie des magistrats, des greffiers et des secrétaires des greffes et parquets.

Le rôle important des partenaires du Mali

Pour un pays comme le Mali, confronté à plusieurs défis aussi urgents les uns que les autres, seul l’appel à la solidarité internationale peut nous aider à atteindre les résultats escomptés de la Réforme de la Justice. C’est ainsi que s’est tenue en Mars 2000 une Table Ronde des Partenaires Techniques et Financiers, rencontre au cours de laquelle des partenaires ont eu l’occasion de manifester leur intérêt pour la mise en œuvre du PRODEJ. Tous les volets du programme ont reçu des engagements précis de financement, excepté celui du recrutement des ressources humaines, qui est de la compétence exclusive de l’Etat.

En résumé, la Banque Mondiale a promis d’allouer une somme de 3 millions de dollars sur quatre ans dans le cadre du Projet d’Appui au Secteur Financier. Le PNUD, l’UNICEF et l’UNESCO ont déclaré s’investir  dans les domaines des Droits humains, de la Formation, de la Documentation, de la Législation et de l’IEC (Information-Education-Communication) pour une enveloppe globale de 444 millions de FCFA. La France s’est engagée pour 1 milliard de FCFA pour trois ans dans les volets Formation-Documentation-IEC, avec la possibilité d’accroître ce montant en fonction des progrès enregistrés. Le Canada a promis 5 millions de dollars canadiens, sous réserve des arbitrages des autorités maliennes. Les Pays-Bas ont suggéré l’affectation à la Justice de l’aide budgétaire non ciblée qu’ils accordent annuellement au Mali et qui équivaut à 2% du budget de l’Etat. L’Union Européenne s’est dite disposée à étudier des possibilités avec les autorités maliennes.

L’État malien s’est engagé à prendre en charge 10% de l’incidence financière du PRODEJ soit 918 millions de FCFA par an, à répartir entre les ressources humaines (salaires y compris), la logistique, les infrastructures et les équipements.

À ce jour, la situation au plan effectif du financement du programme se présente comme suit depuis l’année 1999 : Budget national - 1 158 502 502 FCFA (23%); Agence Internationale de la Francophonie - 40 000 000 FCFA (0,8%); Banque Mondiale - 277 536 917 (5,5%); Canada - 3 279 977 559 (65,5% dont 26% alloués à la planification de la Réforme); Coopération Française - 233 000 000 (4,6%); PNUD - 16 000 000 (0,3%). 

Les ressources injectées dans la Réforme depuis 1999 n’équivalent pas aux besoins  exprimés pour la seule première année du programme, soit 9 milliards de FCFA. Si l’on exclut les coûts associés à la planification de la Réforme, l’écart augmenterait de près du quart.

L’amorce de la relance…

Ces décalages sont dus à une diversité de raisons, dont des facteurs de blocage internes et externes au programme. Les problèmes ayant été identifiés et, des solutions leur ayant été trouvées, le PRODEJ est aujourd’hui en orbite pour une relance. Un plan de relance a ainsi été élaboré. Il fera l’objet d’échanges le 18 novembre prochain lors de la Table de Concertation des Partenaires Techniques et Financiers du Mali sur la Réforme de la Justice.  Placée sous la Présidence de S.E Monsieur le Premier Ministre, cette rencontre a pour objectif d’impulser un nouvel élan au programme.

Source : Journal L’Essor, No 14835, Lundi 11 novembre 2002.

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