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LA RÉFORME DE LA JUSTICE AU MALI |
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Forum National sur la Justice au Mali
DISCOURS DE SON EXCELLENCE IBRAHIM BOUBACAR KEITA, PREMIER MINISTRE
À L'OCCASION DE LA CÉRÉMONIE DE CLÔTURE DU
FORUM NATIONAL SUR LA JUSTICE
(Bamako, Palais des Congrès, le 3 avril 1999)
Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Messieurs les Présidents des Institutions de la
République,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Missions
diplomatiques, Consulaires et des Organisations Internationales,
Distingués Invités,
Honorables Membres de la Famille Judiciaire
Je me réjouis de la tenue du Forum National sur la Justice,
assises auxquelles plusieurs hautes personnalités ont
donné un rayonnement international.
Je me félicite par ailleurs de la présence des représentants des huit régions, de l'ensemble des composantes de la société civile et de la famille judiciaire, lesquels ont, chacun et tous, apporté une contribution appréciable à la résolution des problèmes que vit notre justice.
Au nombre des participants, je voudrais particulièrement saluer la présence de nos compatriotes venus de France, de nos ambassadeurs et consuls et des anciens Ministres de la justice dont l'expérience nous fut fort utile.
Monsieur le Ministre de la Justice du Burkina Faso, votre présence personnelle aux côtés de votre homologue pendant toute la durée des travaux me convainc que l'Afrique a amorcé le véritable tournant de l'intégration. La présence et les interventions de qualité de tous les invités et experts africains au nombre desquels Monsieur Seydou Bah, Président de la Cour Commune de Justice et d'Arbitrage de l'OHADA , me confrontent dans cette conviction.
Chers frères et chères soeurs venues de tous les horizons d'Afrique, vous avez donné une dimension africaine à notre Forum parce que vous vous sentez - et je vous en remercie - concernés par les problèmes du Mali.
Chers amis du Canada et de la France, votre présence massive à nos assises dénote de tout votre intérêt pour la primauté du Droit dans les relations internationales.
Monsieur Lionel Levert, Chef de la délégation canadienne, je voudrais à travers vous et son Excellence, Monsieur l'Ambassadeur Yves Boulanger, saluer le Gouvernement du Canada pour l'appui dont le Mali a bénéficié dans le cadre du projet d'appui à la réforme de la justice (PRODEJ), véritable projet de société comme l'a si bien souligné le chef de l'état.
Je voudrais enfin saluer la présence de la Banque Mondiale et de l'Agence de la Francophonie dont l'expertise a, de beaucoup, contribué à la richesse des débats et des résolutions.
Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux de constater que le Forum a, comme l'a souhaité son Excellence Monsieur le Président de la République, balisé des avenues de solutions aux véritables problèmes de la justice malienne. Et je ne doute pas que vous tous, partenaires fidèles du Mali, nous accompagnerez - comme l'a si bien dit à cette tribune Monsieur Olivier de Baynast, Chef du Service de la Coopération Européenne et Internationale au Ministère Français de la Justice - dans notre quête d'une meilleure justice.
Honorables invités,
Mesdames, Messieurs,
Une des voix les plus autorisées de la famille judiciaire - j'ai nommé Daniel Souley Larivière - s'exprimait dans ces termes "aucune reforme technocratique de la justice n'est possible. S'agissant de sujets qui imprègnent l'histoire et les moeurs, il lui faut un grand débat de société qui permette au public de comprendre les enjeux et de devenir un levier pour tourner les conservatismes".
Aussi, Mesdames et Messieurs les avocats, votre distingué confrère donne-t-il raison à la démarche participative adopté par le gouvernement dans le cadre de la réforme de l'institution judiciaire.
En effet, véritable débat national, le forum a, suite à un échange large et franc, été le lieu de convergence entre divers point de vues, notamment ceux de la société civile, des acteurs de la justice, des partenaires au développement et des pouvoirs publics.
Oui, Mesdames et Messieurs, nous venons de procéder à ce que le Garde des Sceaux Henri Nallet qualifiait de "big bang créateur" et préconisait comme méthode de refondation de la justice. Et je crois pouvoir dire, au terme de nos travaux, que l'expérience a été féconde car notre justice vient de faire l'objet d'une véritable secousse tellurique qui n'a, grâce à une critique courageuse, objective et constructive, épargné aucun secteur de l'institution. De l'insuffisance des ressources humaines à celle des infrastructures, de l'obsolescence de l'outil de travail à la délicate question de la corruption, c'est un état des lieux sévère qui a été dressé.
Monsieur le Secrétaire Général du Syndicat Autonome de la Magistrature, je me dois de saluer, à travers vous, les Magistrats et toute la famille judiciaire, pour le sens des responsabilités dont vous avez fait montre en demandant au Chef de l'Etat l'organisation d'un Forum sur la justice. Le gouvernement a conscience de tous les enjeux de ce débat national et vous assure que toutes les conclusions qui en sont issues feront, de sa part l'objet d'une attention particulière et d'un examen minutieux.
Honorables membres de la famille judiciaire,
Le président de la République, Président du conseil Supérieur de la Magistrature, a clairement engagé le Gouvernement dans la voie de la réhabilitation de la Justice, en vue de consolider l'Etat de droit, gage d'une bonne gouvernance et d'une démocratie apaisée.
Ainsi, famille judiciaire et société civile se sont exprimées sur des thèmes tels que protection des droits des couches vulnérables, Modes alternatifs de règlement des conflits, lutte contre la corruption, Justice et Droits de l'Homme, Justice et Média.
Il s'agit assurément là de sujets qui interpellent, par delà la famille judiciaire, toutes les administrations et tous les usagers du service public. Et pour ne prendre que quelques exemples, je suis d'avis avec vous qu'il faut une véritable déclaration de guerre à la corruption.
Point n'est besoin de dire que cela exige, en plus de l'engagement des pouvoirs publics, une implication réelle et soutenue des juges, des services de police et de gendarmerie, des services d'inspection et de contrôle, mais aussi et surtout de la société civile, étant entendu que celle-ci doit se mobiliser, en vue de délégitimer le phénomène de la corruption dans la conscience collective.
Mon Gouvernement, à la suite du Chef de l'Etat, assumera ses responsabilités dans ce combat qui nous permettra, à terme, de sauvegarder les ressources nationales, en vue de les affecter à la rénovation des services de la justice, à la construction de plus d'écoles, de plus de centres de santé.
S'agissant des Droits de l'Homme, nous avons conscience de la fragilité de nos propres acquis. Les avancées en cette matière sont aujourd'hui indéniables, même si nous n'avons pas la prétention d'être un pays sans violation des droits de l'homme. Le plus important, c'est notre engagement à faire mieux chaque jour, en nous attachant à créer les conditions pour le respect de la dignité et des droits de la personne humaine. Dans cette quête, une attention particulière sera accordée aux droits humains de la femme, de l'enfant et des personnes handicapées.
Enfin, je me réjouis du partenariat nouveau qui s'amorce entre la justice et les médias. Je souhaite qu'il contribue à une meilleure connaissance réciproque et à un meilleur respect par les hommes et femmes de média de l'honneur de chacun, et à une compréhension plus saine du respect de la présomption d'innocence à travers une information objective.
Honorables invités,
Distingués membres de la famille judiciaire,
je ne rouvrirai pas les débats à cette cérémonie de clôture, car tout a été dit et bien dit. Votre résolution générale en porte témoignage. J'ai simplement voulu, à travers ces quelques exemples, marquer l'identité constatée entre vos préoccupations et celles du gouvernement.
Mais avant de clore mon propos permettez-moi, encore une fois de vous féliciter, tous - membres de la société civile et de la famille judiciaire, partenaires au développement et amis du Mali venus de partout, pour votre engagement en faveur d'un nouveau contrat social entre gens de justice et usagers du service public judiciaire.
Je souhaite ardemment que la chaîne de solidarité dont nous venons de poser un maillon à Bamako se renforce, et s'étende chaque jour un peu plus, en prenant appui sur le Droit
C'est dans cette attente que je déclare, en souhaitant bon retour à nos invités , clos les travaux du Forum National sur la Justice.
Je vous Remercie.
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