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LA RÉFORME DE LA JUSTICE AU MALI |
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Forum National sur la Justice au Mali
RENTREE
SOLENNELLE
DU
Monsieur
le Président de
la République,
Président du conseil
Supérieur de la Magistrature,
Monsieur le Premier Ministre, Ministre de l’Intégration, Chef du
Gouvernement,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Mesdames et Messieurs les Membres
du Gouvernement,
Monsieur le Premier Président
de la Cour
Suprême,
Monsieur le Président de la Cour
Constitutionnelle,
Monsieur le Président du
Conseil
Economique, Social
et Culturel,
Mesdames et Messieurs
les Représentants
des Missions
Diplomatiques et des Institutions
Internationales,
Monsieur le Président de la Chambre Nationale des Notaires,
Monsieur le Président de la Chambre Nationale des Huissiers,
Monsieur le Président de la Chambre Nationale des Commissaires Priseurs,
Mesdames et Messieurs les Greffiers, Secrétaires des Greffes et Parquets,
Mesdames et Messieurs les Surveillants de Prisons, Educateurs Sociaux,
Distingués invités,
Madame et Messieurs les Bâtonniers de l’Espace UEMOA,
Messieurs les Bâtonniers du Mali,
Mes
Chers Confrères & Consœurs,
Mesdames et Messieurs,
Au
nom de l’ensemble des avocats du Mali, je vous remercie infiniment d’avoir
bien
Le
Barreau malien
a trente (30) ans et bien que cela ne veuille nullement dire, loin s’en
D’éminents
avocats ont exercé qui sont mieux connus de nos magistrats qu’un bon nombre
Or
c’est parce que ces anciens se sont battus pour notre profession avec les
moyens que
L’ordre
était né.
La
chose était d’importance, elle révélait la reconnaissance de la fonction éminente
remplie
Alors,
que l’institution ainsi créée ait été loin d’être parfaite, cela
n’avait aucune importance,
Avec
cette ordonnance n°43, l’avocat avait seul qualité pour plaider, il exerçait
librement ses
Il
avait une liberté conditionnelle en quelque sorte.
C’est
l’honneur de la magistrature du Mali que nos juges aient toujours compris que
les
Il
est vrai que c’est sous nos deux premières Républiques, fortement inspirées
de la
Il
ne restait pas beaucoup de place pour l’individu.
L’illustration
la plus tristement célèbre de cela nous a été donnée par Ceausescu.
Dès
lors, il n’est pas surprenant que la loi 88/43 du 23.03.88 ait maintenu le
principe de la
A
nos revendications sans cesse renouvelées d’autonomie de notre ordre,
nombreux sont
ceux
d’entre nous qui se souviennent de la célèbre réplique «comparaison
n’est pas raison».
Il
a fallu attendre la 3ème République bâtie sur des exigences de
liberté dont le Barreau fut le
Dans
le courant de l’année écoulée, s’est tenu à l’initiative du Département
de la Justice un
Ces
acquis que nous partageons avec nos Confrères de traditions juridiques communes
et plus
particulièrement avec nos Confrères jumeaux de l’espace UEMOA avec lesquels
nous
Il
m’est particulièrement agréable de saluer leur présence parmi nous, faisant
ainsi la démonstration
la plus éclatante de ce que le principe immémorial de chez nous qu’est la confraternité
est un véritable mode de vie et que les avocats ont la culture de la solidarité
C’est
pourquoi, après le projet de directive relatif à la libre circulation et au libre
établissement
des avocats dans l’espace UEMOA que vous avez, Monsieur le Président, eu
Qu’il
a été long le chemin parcouru mais que rude a également été le combat.
En
ces moments particulièrement exaltants où de bons esprits se posent la question
de
Ce
sont ceux-là qui ont contribué à fixer des vocations encore hésitantes dans
une profession
Ce
sont eux qui nous ont transmis, chacun avec ses moyens, les principes essentiels
qui en gouvernent l’exercice.
Pour
satisfaire à ce devoir de mémoire, quelle voix plus autorisée que celle de
Monsieur le Bâtonnier Demba
Diallo, Doyen des Bâtonniers du Mali, lui dont la voix a traversé deux
Monsieur
le Doyen des Bâtonniers du Mali, au nom de tous nos Confrères, je vous
remercie
Sevrés
momentanément de vos anecdotes combien enrichissantes au prétoire, c’est
d’une
Je
vous demande simplement de bien vouloir m’autoriser en cet instant solennel à
rendre,
Hommage
à tous nos anciens combattants.
Ce
sont eux qui nous ont délicatement enseigné, qu’être avocat :
c’est
d’abord accomplir une mission
avant d’exercer un métier,
c’est
accomplir une
mission, celle d’exprimer les aspirations individuelles et
Ce
sont eux qui nous ont enseigné qu’être avocat, c’est accepter d’être le défenseur de tous,
Ce sont eux qui nous ont enseigné qu’être avocat, c’est
avoir le courage, sous peine de devenir des fonctionnaires du droit, de défendre
l’homme, l’individu, fut-ce contre la société,
L’ordre, ce mot exprime si bien une harmonie intellectuelle
et morale que l’institution qu’elle dénomme ne peut exiger que rigueur
morale et intellectuelle, qualités morales et intellectuelles exceptionnelles.
Et pourtant, les limites apportées à l’activité de
l’avocat par son ordre sont en réalité celles que chacun de ses membres,
libre et égal en droit, a volontairement acceptées dans l’intérêt de tous ;
mais les contraintes librement consenties étant généralement les plus
rigoureuses, l’honneur, la dignité, la probité sont des principes, que tous
les avocats présents dans cette salle, d’où qu’ils viennent, conviennent
à accepter comme de véritables commandements de notre profession.
C’est pourquoi l’ordre ne peut hésiter à les appliquer
chaque fois que nécessaire,
parce qu’elle constitue la garantie des droits des
citoyens,
il y va de la crédibilité de l’ensemble de ses membres.
Mais il est vrai que le temps est passé et a fait son œuvre
sur la profession à l’instar de toutes les collectivités
humaines mais il est surtout vrai que les contraintes économiques
actuelles dont sont sujettes nos sociétés et les difficultés du marché de
l’emploi ont forcé des vocations et que l’argent qui jadis était censé
honorer l’avocat a tendance de nos jours à lui apporter le déshonneur;
mais en réalité, plus, parce plus qu’il en manque, que parce qu’il en a
trop.
La profession s’exerce dans des conditions de plus en plus difficiles et chacun sait qu’elle ne peut être la même selon
qu’elle s’exerce en toute liberté ou sous l’impitoyable contrainte de la
misère.
C’est pourquoi, combattant les misères des autres,
l’avocat combattra toujours la misère de l’avocat.
C’est pourquoi la relecture de nos statuts lui ayant donné
l’opportunité, le Barreau a proposé l’aménagement d’un cadre
d’exercice de notre métier permettant à l’avocat de gagner son pain.
Il y va de la crédibilité de la justice tout court.
Nous saluons la bonne compréhension rencontrée chez nos
interlocuteurs, tant du Département de la Justice que du Séminaire et espérons
le moment venu, rencontrer celle de nos députés.
Parce qu’il ne peut
y avoir de justice véritablement indépendante
sans un Barreau indépendant et responsable.
Or en ces temps d’échec des idéologies où la liberté
constitue pour beaucoup la lumière, la justice à n’en pas douter constitue
une des préoccupations essentielles de nos concitoyens
Alors, prenant en cela au mot nos dirigeants, en ces moments
de montée particulière de la
violence et l’intolérance, ils veulent voir œuvrer un véritable pouvoir
judiciaire à l’installation du triomphe du droit contre la force.
Ces jours-ci, de nombreux projets de loi font l’objet de
discussion à l’Assemblée Nationale portant notamment sur :
le Code Pénal,
le Code de Procédure Pénale,
poursuite, instruction et jugement en matière de corruption
et d’infraction financière,
l’Assistance Judiciaire,
le Barreau malien, tantôt au niveau du Département de la
Justice, tantôt au niveau de l’Assemblée Nationale, a été invité et a
participé à l’élaboration de ces textes, et il salue la collaboration
courtoise de ces différentes autorités.
Il a noté avec satisfaction la progression notable bien
qu’insuffisante des droits de l’Homme auxquels ont été consacrés les 24
premiers articles de notre constitution.
C’est ainsi qu’on peut noter notamment :
la redéfinition
du trafic d’enfants, des infractions de pédophilie,
la substitution de la détention provisoire à la détention
préventive,
la limitation de la durée du mandat de dépôt,
la redynamisation de l’assistance judiciaire avec la rémunération des commissions
d’office,
l’humanisation des conditions de détention, notamment des mineurs,
la protection des droits de la défense,
et enfin aménagement de son principe à l’enquête préliminaire
reconnu à tout citoyen depuis la constitution de 1992.
Quel juriste quelque peu éclairé et loyal ne
mesurerait pas
les progrès souhaités ?
Que de progrès même s’il faut regretter notamment la
survivance notable de la peine de
mort contre laquelle vous vous êtes montré, Monsieur le Président aux côtés
des avocats, l’un des farouches opposants. Son abolition n’aurait-il pas
rendu la plénitude de son sens à votre engagement certain et à la disposition
constitutionnelle selon laquelle « la personne humaine est sacrée et
inviolable, tout individu a droit à la vie. »
Que de progrès même s’il faut renouveler
ici les réserves du Barreau sur le projet de loi portant poursuite,
instruction et jugement en matière de corruption, d’infraction financières
Que de progrès même s’il faut enfin et surtout exprimer
des craintes quant à l’application de ces nouvelles lois une fois adoptées,
en raison de la modicité des ressources de notre justice qui n’a pas été
suffisamment prise en compte par nos gouvernants même s’il convient de saluer
les récents efforts que vous, Monsieur le Président, avez déployés à son
endroit.
Il importe de soutenir ces efforts afin qu’elle puisse
assurer normalement ce service publique absolument indispensable au bon
fonctionnement de la société.
Alors, les avocats seront assurés qu’aux côtés de nos
magistrats avec lesquels nous concourons au même bien commun certes par des
voies et à des fins différentes nous pourrons véritablement faire œuvre de
justice, d’une justice mieux comprise par nos concitoyens au nom desquels elle
est rendue.
Et que les esprits sceptiques se rassurent parce que nous
avons de bonnes raisons de croire que l’avocat du troisième millénaire
demeurera l’avocat.
Il le demeurera parce qu’il trouvera toujours les
ressources nécessaires à son adaptation aux profondes mutations dont son
environnement est l’objet.
Il le demeurera parce que tant qu’il y aura des hommes, la nature humaine subsistera, les juges ne deviendront pas omniscients, les plaideurs resteront passionnés et un peu suspects et il restera toujours nécessaire que la défense demeure libre et indépendante.
Il le demeurera surtout aussi longtemps qu’il sera fier
d’appartenir à cette communauté d’hommes et de femmes libres aussi nécessaire
que la justice.
Et l’ordre des avocats demeurera, parce que rentré dans
le troisième millénaire avec ses 30 ans.
Monsieur le Président, vous l’avez mis sur son 31 en lui
offrant ce dont il avait le plus besoin, Sa Maison, c’est à dire le cadre
indispensable à un meilleur accomplissement de sa mission, plaçant ainsi sa
rentée sous le signe de l’installation et de la formation continue de ses
membres.
Au nom de l’ensemble de mes
Confrères, je vous en remercie
infiniment.
Je souhaite à tous une très bonne année judiciaire.
Je
vous remercie.
Bamako, le 12 Février
2001
Madame
le Bâtonnier
Fatoumata SYLLA
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