LA RÉFORME DE LA JUSTICE  AU  MALI


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Interview du Chef de la Cellule de Coordination du PRODEJ

" Lorsque le critère de compétence et celui du mérite cessent d'être la règle, l'arbitraire s'installe..."

Le PRODEJ est un grand projet de notre justice. Cependant malgré ses multiples efforts, la justice malienne piétine et le Mali reste soif d'une justice à la hauteur de son ambition. Celle-ci reste le théâtre des maux comme: la corruption, le clientélisme, le népotisme. Dans cette interview, le chef de la Cellule de Coordination du PRODEJ Bréhima Mamadou Diallo nous parle de la Table de Concertation permanente du PRODEJ, des résultats de cette rencontre et surtout de la corruption dans le domaine de la justice.

Tambour: Monsieur Diallo, vous venez d'organiser une table de Concertation avec les partenaires du PRODEJ. Alors quels sont les objectifs de la Table de Concertation Permanente sur le PRODEJ ? 

B.M.Diallo:
Le Programme Décennal de Développement de la Justice a été élaboré suivant une démarche participative qui a regroupé les pouvoirs publics, la société civile, les acteurs de la justice, les usagers de la justice et les partenaires techniques et financiers. Chacune de ces composantes a eu à dire son mot sur les problèmes de notre justice. Ainsi, l'objectif visé par le Gouvernement à travers l'institution de la Table de Concertation Permanente est la poursuite de la participation des partenaires à la réforme en leur offrant un espace de dialogue pour renforcer et développer la concertation et la collaboration dans la mise en oeuvre du programme.

Tambour: Pourquoi avez-vous mis tant de retard à convoquer la première Table de Concertation Permanente sur le PRODEJ ?

B.M.Diallo: Vous avez raison. Nous sommes dans la troisième année de l'institution de la Table de Concertation Permanente (T.C.P) et c'est le 18 Novembre 2002 qu'elle a tenu sa première réunion. Ce qu'il faut dire, c'est que dans le montage institutionnel de notre programme, il était prévu un certain nombre de structures pour la mise en oeuvre. Il s'agit du Comité d'Orientation et de la Cellule de mise en oeuvre.
Le Comité d'Orientation est composé des membres de la société civile de la famille judiciaire et des représentants du Ministère de la Justice. Il est chargé de dégager les priorités de la réforme de la justice en fixant les grandes orientations et en suivant le déroulement du programme; c'est une sorte de Conseil d'Administration en oeuvre. Ensuite il y a la Cellule de Coordination qui est chargée de coordonner les différentes actions de mise en oeuvre afin de garantir la production adéquate de résultats. La Cellule est placée à la jointure de la Table de Concertation Permanente et du comité d'orientation et sert en même temps de courroie de transmission entre les deux organes. Le Comité d'Orientation et la Cellule de Coordination ont été créés le 1er août 2002. Vous devinez aisément qu'en l'absence de ces deux instances, il était difficile d'animer la Table de Concertation Permanente car, dans le cadre du partenariat, la "Table" donne son point de vue sur le programme de travail de la Cellule.

Tambour: Quels sont les résultats de la Table de Concertation Permanente ?

B.M.Diallo: Nos attentes sont comblées dans la mesure où les partenaires ont réaffirmé leur soutien au Programme Décennal. Ils ont approuvé le réaménagement du chronogramme qui s'étale désormais de 2003 à 2013.
Vous me permettez de réserver la primeur des autres informations à qui de droit mais, nous devons nous retrouver en janvier prochain pour mettre un certain nombres de détails au point.

Tambour: Dans le domaine de la Justice, comment comptez-vous lutter contre la corruption ?

B.M.Diallo: De mon point de vue, le meilleur témoignage d'amitié, d'intérêt, de respect qu'on puisse porter aux juges, c'est de leur demander de regarder leurs problèmes en face et non de les dorloter par des propos mielleux; mais creux qui ne durent que le temps des roses. Réfléchissez un peu sur l'affaire du Maire Central du District de Bamako, et le Directeur de l'ORTM. Mettez cette affaire en corrélation avec les propos de Madame le Bâtonnier de l'Ordre des Avocats le 11 Novembre dernier lors de la rentrée judiciaire. Le Bâtonnier a eu plus de chance que les premiers cités; or les propos tenus de part et d'autre se nourissent de la même amertume, de la même mélancolie à savoir la violation des règles éthiques et déontologiques par certains juges. Il faut reconnaître que le manque d'objectivité dans le déploiement des ressources humaines explique en grande partie les pratiques de corruption au niveau de la magistrature. Car, lorsque le critère de compétence et celui du mérite cessent d'être la règle, l'arbitraire s'installe avec son cortège de népotisme, de clientélisme et de corruption en tout genre. Une situation de cette nature favorise l'abus de la fonction à des fins privées pour obtenir un profit personnel. C'est pourquoi, il ya lieu de revoir le système de mutation des magistrats et le système disciplinaire (les textes sont adoptés par le Gouvernement, et partiellement votés par l'Assemblée Nationale), renforcer les capacités des services techniques de contrôle, développer les aptitudes des organisations de la société civile dans détection et la prévention de la corruption, définir une politique nationale en matière d'éthique et de déontologie etc. Mais ces mesures ne constituent pas une panacée, car rien ne peut remplacer la volonté des hommes et des femmes qui animent l'institution à assainir leurs pays.

Tambour: Quels sont vos rapports avec la société civile dans le cadre de la réalisation de vos objectifs ?

B.M.Diallo: Comme je l'ai dit plus haut, la société civile participe à la mise en oeuvre de la réforme tout comme elle a participé au processus de planification. Les membres de la société civile siègent au Comité d'Orientation où les priorités sont fixées et l'exécution des tâches contrôlées.

Dikaridia Dembélé
Source, Journal le TAMBOUR N° 708, du 26 novembre 2002. 

        

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