LA RÉFORME DE LA JUSTICE  AU  MALI


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DROITS DE L’HOMME

L’AMDH plaide pour l’abolition de la peine de mort au Mali.

Pour commémorer dignement la journée mondiale contre la peine de mort, célébrée le 10 octobre de chaque année, l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) a organisé, le mercredi 12 octobre à l’Hôtel Salam, une conférence-débat afin de sensibiliser le public à la nécessité pour notre pays de ne plus se contenter du moratoire actuel concernant les exécutions capitales et à s’engager résolument dans " la marche vers l’abolition ".

Membre de la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et bénéficiant de l’appui financier de l’Union Européenne, l’AMDH s’est, à travers différentes communications suivies de débats fructueux, lancée dans un vibrant plaidoyer en faveur de l’abolition de la peine capitale.

Placée sous la haute présidence de Maître Fanta  Sylla, ministre de la Justice, Garde des Sceaux, représentée  par son chef de cabinet Amadou Tamba Camara, et en présence de nombreux responsables d’institutions de la République, comme Madame le Médiateur, de représentants du corps diplomatique et de membres de la société civile, la rencontre a été fort animée. Dans son mot de bienvenue, Me Brahima Koné, le Président de l’AMDH, a développé un argumentaire visant à prouver que "de nos jours, il est établi que le système de la peine de mort s’effondre sous le poids de ses erreurs".

Comme la FIDH, il soulignera que l’application de cette peine irréversible ne baisse pas le taux de criminalité, de même que son abolition ne le fait augmenter. Pour lancer cette journée mondiale 2005, avec pour slogan " L’Afrique en marche vers l’abolition ", Me Koné commencera par brosser le tableau de la situation actuelle, en termes, d’application, de moratoire des exécutions et d’abolition.

Se référant à l’évolution du droit international, l’orateur note la tendance manifeste vers l’abolition de la peine de mort, en citant les exemples réconfortants de la Cour Pénale Internationale et des Tribunaux Pénaux Internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda qui ne l’ont pas inscrite dans l’éventail des peines qu’ils sont susceptibles de prononcer.

De même, il a rappelé que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) en son article 3, le Pacte International sur les droits civils et politiques, en son article 6, et la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, à l’article 4 n’admettent aucune restriction au droit à la vie, ce qu’est, manifestement, la peine de mort.

Intervenant en tant que premier conférencier, Me N’Diaye de la FIDH, a mis en exergue le cas du Sénégal, pays qui a tout en commun, au plan de la religion et des traditions, avec le Mali, et qui vient de rayer la peine capitale de son arsenal juridique.

L’intervention de Me N’Diaye fut suivie de celle de M.A.T. Traoré, historien du droit et professeur à la FSJE, qui, fort brillamment, nous délivra un cours d’histoire des droits humains sous les grands empires africains, fort peu sanguinaires, contrairement à ce que l’on a toujours voulu nous faire croire. Ainsi, le conférencier nous démontra, exemples tirés des chroniques à l’appui, que nos traditions n’étaient en rien étrangères aux droits humains et que l’élimination physique d’un ennemi ou d’un criminel n’était pas la règle, loin de là, tant les notions de rachat des fautes, de pardon et de repentir étaient mises en exergue.

Le Professeur Abraham Bengaly s’attacha à rappeler à l’auditoire les arguments développés par les partisans et les abolitionnistes concernant la peine capitale, tandis que M. Saloum Traoré, quant à lui, exposait le point de vue d’Amnesty International sur ce point.

Ce fut ensuite aux érudits en religion de nous rappeler (ou de nous préciser) les préceptes saints en la matière. Le révérend Alain Fontaine, représentant Mgr Zerbo, et M. Téguété, membre de l’AMDH et spécialiste de l’Islam abondèrent, eux aussi, dans le sens de la clémence, du pardon et de la resocialisation du criminel, dès lors qu’il payait sa dette à la société. Et M. Téguété d’appeler tout un chacun à se méfier des interprétations du Coran " faites au coin de la rue " et d’étudier plutôt en profondeur les versets 178 et 179, de la Sourate de "La vache".

Les débats et contributions, riches et variés, furent sous la modération de Mme M’Bam Diarra, présidente d’honneur de l’AMDH, actuellement responsable à la Commission des droits de l’Homme de l’ONU en Guinée Bissau, furent principalement axés sur les voies et moyens à mettre en œuvre afin d’obtenir de notre assemblée nationale un vote en faveur de l’abolition de cette pratique d’un autre âge ainsi que la mise en conformité de notre Code pénal avec les dispositions de notre constitution, dont l’article premier garantit le droit à la vie. Cette campagne étant loin d’être achevée, gageons que nous aurons l’occasion d’y revenir sous peu.

Par Ramata Diaouré.

Source : L'Indépendant N° 1326 du 13 octobre 2005.   

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