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LA RÉFORME DE LA JUSTICE AU MALI |
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Nouvelles diverses sur la Justice | |
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RENTREE JUDICIAIRE : Le fléau a pris des proportions inquiétantes. Si rien n’est fait pour inverser la tendance, la paix sociale se trouvera menacée. La salle Djéli Baba Sissoko du Centre international des conférences était noire de monde hier. Les membres de la famille judiciaire et les autorités étaient réunis pour la rentrée judiciaire 2006-2007. La cérémonie solennelle était présidée par le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré. On notait également la présence du Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga, du président de l’Assemblée nationale, Ibrahim Boubacar Kéita, de plusieurs membres du gouvernement, et des représentants du corps diplomatique accrédité dans notre pays. Cette rentrée a pour thème : ‘‘civisme, gage de la paix sociale’’, un sujet particulièrement d’actualité. En effet, les nombreux accidents de la circulation et autres actes de vandalisme enregistrés dans notre pays, prouvent qu’il y a une impérieuse urgence à renouer avec le civisme. Il en va de la paix sociale. PLUS DE 3 MILLIARDS DE PERTES : Dans son exposé, Adama Yoro Sidibé, juge d’instruction du tribunal de première instance de la Commune I a justement développé la corrélation entre civisme et paix. Si le premier terme se définit comme le respect et le dévouement du citoyen pour la chose publique, le second est synonyme de l’absence de guerre ou de trouble dans un pays. Le magistrat estime que civisme et paix sont indispensables pour construire et garantir la cohésion sociale. Il a cité l’exemple des Etats-Unis d’Amérique dont les fondateurs ont œuvré à instaurer un Etat de droit en s’appuyant d’une matière importante sur le civisme. L’incivisme qui est le contraire du civisme, conduit à la destruction ou à la dégradation des biens publics par les citoyens, a-t-il expliqué. A ce propos, notre pays fait face actuellement à la montée galopante de l’incivisme avec son cortège de détournements de fonds publics et de pillage, de dégradation de biens publics.‘‘Combien de Maliens savent que l’on ne doit pas utiliser le téléphone et les véhicules de service à des fins personnelles ? Combien de hauts fonctionnaires de l’administration se rendent coupables de surfacturations ? Combien de juges se laissent corrompre lorsqu’il s’agit de rendre une bonne justice ? Combien de citoyens payent normalement leurs impôts ?’’, a énuméré le magistrat. Il a évoqué, à l’appui de sa démonstration, des statistiques fournies par la direction régionale de la Protection civile du District. Selon ces chiffres, le nombre d’accident de la circulation, d’incendies, de pannes d’électricité provoqués par des actes d’incivisme était de 1568 en 2004, 1877 en 2005 et plus de 2000 déjà cette année. Les violences urbaines (saccage des biens publics et privés) ont occasionné des pertes de plus de trois milliards de Fcfa de 2004 à maintenant. Quant au bâtonnier de l’ordre des avocats, Me Seydou Ibrahim Maïga qui a donné une très bonne note à l’exposé du rapporteur général, il a relevé que l’exemple type de civisme que l’on donne le plus souvent est le vote. ‘’A tort ou à raison, d’aucuns diront même que le choix de ce thème en période préélectorale n’est pas fortuit. Certes le vote est l’acte civique par excellence, mais il faudrait éviter de tomber dans le travers qui consisterait à confier le civisme et la citoyenneté dans l’acte de voter’’, a averti l’avocat. TROIS BANDES DE TISSU : Me Seydou Ibrahim Maïga relève qu’une tendance actuelle dans notre pays est d’opposer la chose politique à la citoyenneté, faisant du coup rimer le politique avec l’absence de vertu, comme s’il y avait un choix à opérer entre faire de la politique et être un citoyen vertueux. Le bâtonnier de l’ordre des avocats en invoquant l’incivisme fiscal a fustigé le comportement de certains opérateurs économiques qui après avoir bénéficié l’année dernière de l’exonération sur les céréales importées ont ‘‘affamé’’ le peuple. ‘’Comment inciter ce peuple au civisme fiscal, lorsqu’à longueur de journées, on lui sert des exemples de citoyens peu vertueux, qui n’ont souci du bien être commun, et qui ne s’en portent pas plus mal ? Bien au contraire, ce sont eux qui ont les marchés de l’Etat’’, a-t-il dénoncé avant de faire remarquer que l’incivisme grandit parce que l’école ne forme plus au civisme. L’hymne national ne résonne plus dans les classes, encore moins dans les cœurs. Le drapeau national a tendance à désormais se confondre avec juste trois bande de tissu, le plus souvent défraîchies flottant au bout des mâts. Pour instaurer et maintenir la paix sociale, Seydou Ibrahim Maïga préconise de flétrir les comportements qui foulent au pied l’égalité et la justice. La présidente de la cour suprême, Mme Diallo Keïta Kagnantao, a déploré, pour sa part, l’écart croissant entre la citoyenneté de droit ( respect des dispositions légales) et la citoyenneté tout court. Mme Diallo Kaïta Kagnantao estime que la punition des coupables d’actes d’incivisme tels les fossoyeurs de l’économie nationale et autres escrocs en col blanc, est gage de cohésion sociale et de lutte contre la pauvreté. Pour relever ce défi, le magistrat préconise d’associer toutes les couches de la société à la gestion des affaires publiques et d’appuyer le processus de la décentralisation en vue de lutter contre la pauvreté au niveau de la base. Pour le procureur général, Cheickna D. Kamissoko, une seule journée ne suffirait pas à aborder tous les aspects du civisme. Il a dénoncé les comportements inciviques des citoyens, avant de critiquer les magistrats qui foulent au pied les règles de la déontologie moyennant quelques miettes. Le président de la République a, lui aussi, regretté que le civisme qui exprime le dévouement à la chose publique tend dangereusement à devenir une denrée rare dans notre pays. Et pourtant, pas une réalité nouvelle au Mali qui a toujours eu, justement, pour fondement le dévouement au bien public, a rappelé Amadou Toumani Touré en citant l’empereur Soundiata Kéita et ses compagnons pour avoir, dès le 13è siècle, consigné dans la charte du Mandé la soumission aux lois de l’Empire et le respect du bien public. UNE BONNE JUSTICE : Le chef de l’Etat a relevé que l’incivisme se manifeste de nos jours sous diverses formes et que certains actes inciviques sont des infractions pures et simples. ’’L’incivisme va de la ménagère qui jette en pleine rue les ordures, à l’automobiliste qui roule en sens interdit, en passant par le citoyen qui oublie de payer ses impôts, le fonctionnaire qui déserte son lieu de travail pour des raisons non professionnelles, ou le citoyen qui oublie de participer au vote’’, a souligné le président Touré. Pour lutter contre l’incivisme au sein de l’administration, le président de la République a engagé les autorités compétentes (police, gendarmerie, inspections de contrôle) à veiller au respect strict des principes et valeurs régissant notre société. Il a appelé toutes les autorités traditionnelles, familiales, coutumières et politiques à tous les niveaux de responsabilité à s’associer au combat. Amadou Toumani Touré a par ailleurs exhorté la famille judiciaire à jouer correctement son rôle de régulation dans les rapports sociaux. Il a relevé que les hommes en robe auront à jouer un rôle important lors des élections générales de 2007. ‘’Vous aurez un rôle crucial à jouer lors des prochaines élections. Vous devez faire preuve de rigueur dans vos décisions et surtout preuve de probité morale. Il faut que la vérité triomphe, car il n’y rien de plus dangereux pour un peuple que de ne pas croire en sa justice’’ , a-t-il souligné, avant d’indiquer que la lutte contre la délinquance financière et la corruption ne peut être gagnée sans l’instauration d’une bonne justice. ‘’Il faut que le juge cesse de jouer le rôle de l’avocat. A l’avocat aussi de ne pas jouer le rôle du juge ou de partager avec lui’’, a lancé le chef de l’Etat. Par Madiba Keïta. Source: Journal L’Essor N°15839 du 28 Novembre 2006. | |
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