LA RÉFORME DE LA JUSTICE  AU  MALI


Page d'accueil

Nouvelles diverses sur la Justice           

Retour au sommaire des nouvelles


RENTREE SOLENNELLE DU BARREAU
DE L'ELOQUENCE ET DE LA GRAVITE

Les secrétaires ont fait la preuve de leurs talents oratoires puis les analyses se sont succédées sur le thème de "l'avocat face aux défis de la communautarisation du droit et de l'harmonisation des règles de l'exercice de la profession"

Les avocats maliens étaient en fête vendredi à l'occasion de la rentrée solennelle du Barreau et de la conférence du stage. La cérémonie, présidée par le chef de l'Etat Amadou Toumani Touré, s'est déroulée en présence du Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga, de plusieurs ministres, des chefs d'institutions, des bâtonniers de pays amis et de nombre de membres de la famille judiciaire et d'invités.

Dans le cadre de ses activités, le Barreau du Mali a décidé depuis l'année dernière de coupler sa rentrée solennelle avec la conférence du stage, un concours d'éloquence inspirée de la tradition juridique française pour distinguer les meilleurs jeunes avocats. Malgré ses 36 ans d'existence, le Barreau du Mali est plutôt jeune. Il compte 341 avocats dont 70% ont moins de 40 ans et 15% sont des femmes. Ces hommes et ces femmes ont en commun de se considérer comme des professionnels du droit au service du justiciable. Trente six jeunes avocats ont pris part au concours d'éloquence à l'issue duquel 6 ont été retenus. Ces secrétaires de la conférence vont permettre au conseil de l'Ordre d'avoir une permanence dans les 6 tribunaux de première instance de la capitale.

Comme il se doit lors d'une conférence du stage, certains secrétaires ont été invités à développer le thème qu'ils ont traité. Ainsi la première secrétaire de la conférence, Nadia dite Welé Camara, a abordé le thème "Demain est-il vraiment un autre jour?" Elle a évoqué l'emploi des jeunes, la peine de mort et la problématique de son abolition, le changement climatique, la révolution de l'internet. Quant à la deuxième secrétaire Nematou Maïga, elle a planché sur le thème: "l'art n'est-il jamais qu'une marque?". Elle a parlé de l'art sous toutes les coutures.

PROBLEME DE FORMATION. Mais les secrétaires n'étaient pas seuls à intervenir. Alexis Werl, avocat aux Barreaux de Paris et de New York, a traité le thème "le drapeau, est-ce la liberté?". intervenant au nom des avocats de l'espace UEMOA, Me Papa Félix Sow du Barreau du Sénégal a estimé que cette rencontre des avocats à Bamako devrait permettre de mieux comprendre le rôle et la place de l'avocat dans l'espace communautaire. Il a loué le dynamisme du Barreau malien dont la rentrée solennelle est en passe de devenir une vraie "fête de la parole". Pour sa part, l'avocat luxembourgeois Emmanuel Reveillaud a mis l'accent sur l'accord de coopération signé le 30 janvier dernier entre les Barreaux du Mali et du Luxembourg.

Le bâtonnier de l'Ordre des avocats du Mali, Me Seydou Maïga, a décrit les nouveaux secrétaires de conférence comme "l'expression d'un Barreau qui opère sa mue" et aussi comme "le symbole d'un barreau et d'un Ordre qui bougent, une famille, celle des avocats qui est fière et honorée par ses membres les plus jeunes". Il a salué la présence à cette cérémonie du président de la République, un ami des avocats.

Le Barreau du Mali, a-t-il relevé, doit faire face à un problème de formation. Ceci à un moment où le règlement de l'UEMOA sur la liberté de circulation et d'installation des avocats dans l'espace communautaire, impose d'être désormais compétitif ou de disparaître. C'est dans cette optique qu'il faut situer la création d'un centre de formation pour avocats qui ne demande qu'à être fonctionnel grâce à l'aide de l'Etat.

L'institution de la conférence du stage, a justifié Me Maïga, doit "contribuer à la promotion de la jeunesse, mais aussi à la valorisation du métier d'avocat notamment à travers un meilleur accompagnement du justiciable pour une meilleure distribution de la justice". La profession connaît des difficultés comme la précarité, l'absence de production sociale, de couverture maladie et de retraite, a cité le Bâtonnier. Il a remercié le grand Duché du Luxembourg dont le Barreau à signé un accord de coopération avec celui du Mali. Après avoir salué la présence des Barreaux du Burkina Faso, du Bénin, de la Côte d'Ivoire, du Niger, du Sénégal et du Togo à la cérémonie, Me Seydou Maïga a déploré l'absence des avocats de Guinée, un pays actuellement en crise. Le président Amadou Toumani Touré a dit le plaisir qu'il avait à présider ce "moment important d'échange et de dialogue sur les conditions d'exercice de la profession d'avocat et sur la distribution de la justice". Il a renouvelé au conseil de l'Ordre sa gratitude pour lui avoir décerné une distinction honorifique lors de la rentrée 2006.

Parlant du thème retenu cette année, "l'avocat face aux défis de la communautarisation du droit et de l'harmonisation des règles de l'exercice de la profession", le président de la République a jugé le sujet pertinent pour notre pays. "La communautarisation du droit à laquelle l'on assiste aujourd'hui procède de la mise en oeuvre d'une ambition politique d'intégration dans laquelle le gouvernement s'est fortement engagé dès le départ", a expliqué le chef de l'Etat. Il est vrai que la volonté d'intégration de nos économies ne pouvait se traduire dans les faits sans une nécessaire harmonisation du droit au sein des Etat membres, à travers l'adoption des règles communes devant régir les principaux domaines d'activité. "Ces règles forment aujourd'hui un droit communautaire complexe trouvant ses sources dans le traité de l'OHADA et dans les règles élaborées par la CEDEAO et l'UEMOA", a poursuivi le président Touré.

DEFI DE L'EXCELLENCE. Pour être à la hauteur des attentes, les avocats doivent relever plusieurs défis parmi lesquels, ATT a retenu celui de l'adaptation au niveau du cadre juridique et institutionnel qui se met en place et celui de l'organisation et du management. Amadou Toumani Touré est aussi d'accord avec le Barreau pour assurer aux avocats une formation professionnelle adapté aux réalités nouvelles de l'exercice de leur métier caractérisée par "la pression d'une demande de droit, toujours plus exigeante, la multiplicité et la complexité des sources de droit et la multiplicité des instances appelées à dire le droit". Face à un "exercice plus délicat et plus contraignant", "l'avocat est plus que jamais confronté au défi de l'excellence, à l'impératif de performance, sous peine d'être en déphasage total avec le nouvel environnement qui se met en place", a constaté le chef de l'Etat. Le gouvernement, a promis le président Touré, va maintenir le partenariat avec le Barreau pour créer les conditions d'un meilleur exercice professionnel pour les avocats maliens.

La mise en oeuvre effective de l'assistance judiciaire nécessite une participation active du Barreau, a relevé le chef de l'Etat en souhaitant l'engagement de l'Ordre des avocats aux côtés du gouvernement dans le combat qu'il mène pour faire de la justice malienne une référence, tant au point de vue de son accessibilité qu'au regard de la qualité des décisions qu'elle rend.

A l'issue de la cérémonie, le président de la République a visité les différents stands du Salon de l'habitat de Bamako. Il a salué la qualité des expositions et remercié les jeunes de l'ECICA et du lycée technique.

Par A. LAM 

Source: Journal l'Essor N°15901 du 26 février 2006

Retour au début du document


Page d'accueil - Écrivez-nous : ucprodej@afribone.net.ml